Mercredi 7 mai 2008
Scénari est une suite logicielle libre de conception de chaînes éditoriales numériques,  qui permettent de créer des contenus multimédia et de les publier sous différentes formes à partir d'une même source : document imprimable, site Web, diaporama, etc. Contrairement à un traitement de texte ou un éditeur WYSIWYG, une chaîne éditoriale sépare le contenu de sa mise en forme et facilite ainsi sa mise à jour et sa réutilisation. L'intérêt est donc de réduire les coûts de production et de maintenance des contenus, et de mieux contrôler leur qualité.

Opale est le modèle de Scénari destiné aux enseignants du milieu universitaire pour créer des modules de formation à distance.

Quels sont les utilisateurs d'Opale ? Quels sont ses atouts ? Est-il simple à utiliser ? Peut-on le ranger dans la catégorie des outils de rapid learning ? Comment l'implanter dans un établissement de formation ?

Entretien avec Priscilla Velut, responsable de la communauté des utilisateurs Opale en université, et Stéphane Poinsart, animateur de la communauté Scénari.






Qui utilise Opale en France ? Et à l'étranger ?
Tout d'abord, un ensemble d'universités autour desquelles s'est construit le réseau scenari-sup en France : l'École des Mines d'Albi Carmaux, l'Université de Lille 1, l'Université du Maine, L'université Bordeaux 1, l'Université de Technologie de Compiègne. Au total une vingtaine d'universités... (voir le site SCENARIsup, La communauté des utilisateurs Opale en université ).  Ensuite des structures privées : Axa, la SNCF et publics : OSEO, MEDAD. A l'étranger : l'université de BYU aux États Unis, et plus récemment CoseLearn (Coopération Suisse en matière de eLearning) un programme pour promouvoir le e-Learning dans plusieurs pays d'Afrique. Mais nous n'avons qu'une infime partie de la grande liste "virtuelle" des utilisateurs, il y a juste quelques indicateurs positifs comme l'accroissement de l'activité des nouveaux venus sur le forum. En ce qui concerne l'apparition de ces nouveaux "utilisateurs spontanés" Opale, nous devons beaucoup à la communauté du libre et la diffusion sur internet grâce à des sites tel Framasoft.

Quels arguments peuvent décider un centre de formation à distance à  l'adopter ?
Ce sont souvent des arguments issus des principes de Scenari :
-- La publication automatique sur différents supports (multi-support) d'un même contenu et la simplicité d'avoir une seule version du contenu à mettre à jour ;
-- La structuration des contenus et l'homogénéisation des supports produits ;
-- La réutilisation possible des contenus, en partageant des parties communes, selon les usages ;
-- L'adaptation possible de l'outil : intégration de la charte graphique des organismes et/ou de spécificités pédagogiques qui leurs sont propres ;
-- La communauté des utilisateurs : forum d'Opale et réalisation, si besoin, de formation et d'accompagnement de mise en place et de développement par les membres de la communauté Scenari.

Sa prise en main n'est-elle pas un peu complexe pour un enseignant?
Il existe deux niveaux d'utilisation de l'outil : le premier niveau OpaleStarter donne accès à un sous-ensemble simplifié des fonctionnalités, bien adaptées à un enseignant. Il est ensuite possible de basculer vers le niveau "OpaleAdvanced" qui offre par exemple des possibilités d'organisation du contenu plus complexes. Ce qui peut rester difficile à prendre en main c'est le fait que l'outil ne soit pas un outil WYSIWYG ("What You See Is What You Get") mais un outil WYSIWYM "What You See Is What You Mean" qui demande aux auteurs de se concentrer sur le fonds sans se soucier de la mise en forme de leurs documents.

Est-ce qu'on pourrait classer Opale parmi les outils de Rapid Learning ?
Non. Opale, nous venons de le voir est un outil WYSIWYM. Il ne permet donc pas à un auteur de mettre en forme son contenu. Si maintenant vous voulez parler de modèle documentaire pédagogique, Opale est d'abord un modèle pédagogique académique d'exposition et d'évaluation des connaissances. Il existe un autre modèle Scenari, le modèle Folomi (présentation en PDF), proche d'un modèle de Rapid Learning qui permet de guider pas à pas les apprenants et d'associer un coach virtuel à chaque page de contenu. Ce modèle est actuellement à usage privé.

Concrètement, quelles sont les étapes à respecter pour un déploiement réussi, dans une université par exemple ?
Dans les universités, il y a généralement un service TICE qui s'occupe de la mise en place et, dans certains cas, de la diffusion des outils. Il existe deux modes d'installation : une version en local sur les postes et une version en mode serveur. Le déploiement en mode serveur est un peu plus lourd puisqu'il demande l'intervention du département informatique de l'université. Le déploiement de l'outil peut nécessiter un accompagnement à l'installation (surtout pour le mode serveur) et un accompagnement à l'utilisation de l'outil. Accompagnement effectué par les membres de la communauté.


Un grand merci à vous, Priscilla et Stéphane.



Pour en savoir plus :

Le site du projet Scenari
Un entretien avec Stéphane Crozat, responsable de la communauté
Les vidéos d'un séminaire sur les chaînes éditoriales


par stéphane Wattier publié dans : Entretiens
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Lundi 2 juillet 2007
Virtual Cabinet est un  dispositif en ligne d'apprentissage de l'anglais  conçu pour les étudiants de l'Université de  Lyon II. Un de se  principaux intérêts réside  dans le scénario pédagogique qui invite l'apprenant à réaliser progressivement une tâche complexe. Toutes les activités de compréhension orale ou écrite, d'apprentissage du vocabulaire, etc.  suivent un fil directeur (un thème choisi par l'apprenant dès le départ) et servent à rédiger une note de synthèse finale. 

Comme en langue les didacticiels innovants sont encore rares et qu'en plus une version en Français Langue Etrangère est prévue pour la rentrée prochaine, je vous propose aujourd'hui une "rencontre virtuelle" avec son concepteur :-)


Entretien avec Nicolas Guichon, Maître de Conférences au Centre de Langues de Lyon 2.

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A quel public de l'Université Lyon 2 Virtual Cabinet est-il destiné ?
Dès l’écriture du cahier des charges en 2002, Virtual Cabinet a visé le public intermédiaire (allant sur B2) car se mettait en place à cette époque une certification en langues, le CLES (Certificat de compétence en Langue de l’Enseignement Supérieur). Celui-ci s’articule autour d’un scénario et vérifie le niveau de compétence des étudiants au niveau de la compréhension (orale et écrite), de la production écrite et de l’interaction orale. Quand j’ai proposé l’idée de Virtual Cabinet à Marie-Thérèse Maurer, l’ancienne directrice du Centre de Langues de Lyon 2, celle-ci m’a non seulement encouragé à développer l’idée mais elle m’a donné les moyens financiers et institutionnels pour mener à bien le projet. Grâce à une collaboration intense avec Erick Ghaumez, développeur pédagogique multimédia de la cellule TICE de Lyon 2,  nous avons pu proposer une première version de ce dispositif à des étudiants de deuxième année à la rentrée de 2003. Le public n’a guère varié depuis l’origine : il s’adresse toujours aux étudiants qui présentent le CLES 2, donc majoritairement des étudiants de deuxième année et de master. A la rentrée de septembre 2007, il sera également proposé à des étudiants de Sciences de l’Éducation qui étudient à distance.

Pourriez-vous nous présenter le dispositif ?
Virtual Cabinet fonctionne à partir du scénario suivant : l’étudiant travaille comme conseiller d’un ministre britannique au Parlement où il a son bureau. 18 projets de loi portant sur des questions vives en Grande-Bretagne (la vidéosurveillance, l’intégration des enfants sourds dans le système éducatif, l’égalité salariale entre les sexes…) lui sont proposés, chacun assorti d’un reportage télévisé authentique, d’une conversation dans un pub et d’un entretien oral entre un expert et une journaliste. Il doit donc travailler l’information contenue dans ces documents divers (grâce à des micro-tâches), prendre des notes, puis, quand il estime son travail suffisamment abouti, envoyer une note de synthèse dans laquelle il donne des éléments concernant le projet de loi, et propose un certain nombre de recommandations à attention du ministre.

Quelles sont les modalités du tutorat ?
La note de synthèse est corrigée et évaluée par l’enseignant-tuteur du groupe auquel appartient l’étudiant et qui récupère le travail sur sa boite électronique. Virtual Cabinet n’est donc pas une ressource à proprement parler, mais un dispositif, car un accompagnement pédagogique est prévu. Celui-ci varie d’un collègue à l’autre mais, en général, un enseignant demande 3 notes de synthèse sur le semestre (le travail sur une note de synthèse représente en moyenne 2 à 3 heures pour les étudiants) et, à partir de celles-ci, il donne des outils pour la rédaction de lettre, l’argumentation, la synthèse et le travail sur la forme. Dans mon cas, je demande à mes étudiants d’écrire des notes de synthèse de plus en plus longues en augmentant le niveau d’exigence au fur et à mesure du semestre, et j’encourage mes étudiants à être aussi créatifs que possible.


Ce dispositif a-t-il été évalué ? Les retours sont-ils positifs ?

Oui, bien entendu. Il a été évalué dès la phase de conception auprès d’échantillons de futurs utilisateurs pour améliorer son utilisabilité. Cette phase d’observation clinique a été extrêmement riche. Puis en 2004, quand le dispositif a été mis en place grandeur nature, c’est-à-dire auprès d’une cohorte significative d’étudiants, il été évalué auprès de 120 utilisateurs pour mesurer l’adéquation entre les besoins  de formation et l’offre pédagogique, la qualité des aides fournies (dictionnaire en ligne, micro-tâches) et l’interface graphique et pédagogique. Cette évaluation nous a permis d’améliorer certains aspects (ergonomie) et de réfléchir à un accompagnement optimal. Tous les deux ans, nous procédons à une évaluation semblable et les indicateurs sont en progression. J’ai également mené une étude sur la rédaction des notes de synthèse dont les résultats sont donnés dans un article intitulé « Évaluation du potentiel d’apprentissage d’une tâche médiatisée » publié dans Asp (2005) et accessible sur ma page perso (onglet publication).

A la rentrée prochaine, et maintenant que la technologie nous le permet, nous allons réfléchir Erick Ghaumez et moi  à une nouvelle version qui offre la possibilité outre celle de rédiger une note de synthèse à l’écrit, d’envoyer une synthèse orale au tuteur. On va enfin pouvoir entraîner la production orale et c’est une perspective réjouissante. Tout cela est possible grâce au soutien sans faille d’Isabel Pradat-Paz, l’actuelle directrice du Centre de Langues de Lyon 2.

Je crois que la version en français langue étrangère est prévue pour septembre, vous pouvez déjà nous en dire quelques mots ?
En effet, sous la direction d’Annick Rivens et de Martine Eisenbeis, la version FLE est en préparation à l’Université de Lille III. Si son architecture pédagogique et informatique  s’appuie sur la cahier des charges d’origine, elle diffère de Virtual Cabinet en cela que le contexte n’est plus politique mais journalistique. Dans le scénario FLE, l’étudiant travaille à la rédaction d’un journal en ligne, Agorafle. Je pense que c’est une excellente idée.

Pour moi, c’est une vraie satisfaction de voir que le dispositif est utilisé par environ 2500 étudiants chaque année et que des versions allemande, espagnole et italienne et FLE sont développées ou en cours de développement. C’est une évolution que je n’avais pas imaginée quand je me suis lancé dans ce projet…


Un grand merci Nicolas.

Pour accéder à la démo de Virtual Cabinet, c'est par ici. (un lecteur Flash récent est requis).
Une analyse intéressante du site est parue dans la revue en ligne Alsic. Vous la trouverez dans le sommaire du volume en cours, juin 2007, rubrique "Analyse de sites et logiciels"
Et enfin, des publications de Nicolas Guichon sont disponibles sur sa page perso.

 
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 Edition du 6/07/07
Cet entretien a suscité l'écriture de 2 autres billets que je vous recommande chaleureusement :
Attention chef d'oeuvre du blog E-learning Bretagne ;
Virtual Cabinet, flash et interfaces riches pour l'apprentissage des langues, d'Erik le développeur du dispositif.


par stéphane Wattier publié dans : Entretiens
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Jeudi 10 mai 2007

Pour ce deuxième entretien, je vous emmène faire un tour au Campus Numérique Francophone CNF) de Hanoi, qui dépend du Bureau Asie-Pacifique de l'Agence universitaire de la Francophonie. Au programme : rôles d'un CNF, francophonie, logiciels open source, formation à distance au Vietnam... Bonne lecture !

 
Entretien avec Vu Do Quynh, responsable du Campus Numérique Francophone de Hanoi.

  

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Qu'est-ce qu'un CNF et quelles sont ses principales fonctions ?
Un campus numérique francophone (CNF), tout comme un Centre d'accès à l'information (CAI), est une structure intégrée à (installée au sein de...) un établissement universitaire/académique sur la demande de ce dernier. Les CNF et CAI font partie du Programme thématique n° V de l'AUF : «Soutien des TICs au développement de l’enseignement supérieur et de la recherche ».*

En résumé:
- un CAI : c'est une structure visant à offrir aux étudiants et aux enseignants les moyens physiques (salle, ordinateurs, logiciels en français, connexion internet) de se connecter à internet pour en exploiter les ressources (scientifiques et académiques) et en même temps s'approprier l'utilisation des TIC (courrier électronique, navigation web, recherche documentaire, etc.).
- un CNF c'est un CAI + un espace de travail lié (dédié) à la FOAD (production de contenus, auto-formation, suivi FOAD, formations présentielles).

 

Le CNF est très engagé dans la promotion des logiciels libres... Sont-ils accueillis favorablement au Vietnam ? Tandis que chaque visite de Bill Gates fait beaucoup de bruit et que Microsoft conclut des accords avec des institutions locales (comme la Sacombank récemment...)
Au VN on parle plus de "logiciels à source ouverte" que de logiciels libres.Au VN "logiciels libres" est en général confondu avec "logiciels gratuits". Par voie de conséquence, ce qui est gratuit n'est pas forcément bien considéré dans une société où prévaut le dicton "Tiền nào của ấy" (Ce que tu as ne vaut que par ce que tu as payé pour l'avoir).

Ceci pour dire que la promotion des logiciels libres (LL) ne peut pas se limiter à une simple distribution de CDs mais doit aller de pair avec un accompagnement pour aider à leur appropriation.

A noter que Sacombank fait partie des institutions bancaires à avoir officiellement déployé l'utilisation d'OpenOffice.org au lieu de continuer à utiliser Microsoft office et qu'ils ont expliqué leur démarche au cours de plusieurs manifestations récentes.

Les logiciels libres ne sont pas encore bien connus au Vietnam.  Même s'il existe de nombreuses personnes favorables à leur utilisation, le nombre de ces personnes reste infime.

Les statistiques mondiales en sont un exemple : 95% des PC mondiaux utiliseraient un système Windows, 3,5% un système Mac. Linux et autres OS libres font donc partie des 1,5% restants. Au Vietnam, se pourrait-il qu'il y ait 3.000.000 x 0.015 = 45.000 ordinateurs sous Linux ? Difficile à savoir...

Pourquoi un chiffre si bas ? Par ignorance, méconnaissance, incompréhension, manque de diffusion, peur du changement, conservatisme, etc.

Si quelqu'un se rend dans une boutique acheter un ordinateur (laptop) vendu sans Windows (avec Freedos ou avec un Linux quelconque) il se verra dire par le vendeur qu'il n'est pas possible d'utiliser l'ordinateur si on n'installe pas Windows. C'est vrai quand on considère la version de Linux installée (exemple pour les portables ACER : il n'y a même pas d'interface graphique, seulement un mode console) et l'absence de support technique (du vendeur et du fabricant) pour Linux.
C'est très faux si on considère une distribution Linux de grand public comme, par exemple Ubuntu que j'ai installée sur de tels portables et qui fonctionne de façon très satisfaisante.

Ceci pour dire que l'adoption des LL comme GNU/Linux passe par un lent et laborieux travail d'information, de démonstration et d'accompagnement jusqu'à ce qu'un "marché minimum" puisse s'établir et donne lieu à un marché viable sur le plan économique.

Enfin, l'utilisation des LL n'est pas si importante que l'utilisation des formats de données ouverts, ce qui est le véritable enjeu : être maître de ses données et de ses idées, indépendamment de toute marque de logiciel. Et, bien entendu, les logiciels LL vont souvent de pair avec l'utilisation de formats de données ouverts. Une fois que l'on a compris ce concept, pouvoir maîtriser ses données, ses fichiers informatiques, il devient difficile d'être obligé (ou de retourner) à des logiciels qui imposent des formats propriétaires fermés.

C'est pourquoi, en tant que responsable du CNF, parce que l'utilisation des LL prend tout son sens dans un pays en développement comme le Vietnam (par le fait non seulement d'économiser les achats de licences, mais encore de se libérer des formats propriétaires), et aussi parce que l'AUF promeut l'utilisation des LL dans tous ses CAI et CNF, que je me suis fortement impliqué dans la promotion des logiciels libres.

   

Le CNF est également engagé dans des actions de formation ?
Oui. Plus que de formation au sens académique du terme, je préfère parler d'initiation, de sensibilisation ou d'accompagnement à l'utilisation des TIC : en effet, ce n'est pas le rôle des CNF que de former les étudiants ou les enseignants. Pour cela, la société (les universités) a mis en place des centres informatiques de service, par exemple. L'AUF (donc les CAI-CNF) n'a pas vocation à se substituer à de tels centres. Par contre il est utile d'aider les utilisateurs à mieux maîtriser les outils que nous mettons à leur disposition (logiciels, ressources, etc.) au sein des CAI et CNF.

   

Pourrais-tu préciser le rôle du CNF dans le programme de formation à distance de l'AUF ?
La FOAD est un des moyens qui peuvent permettre à des étudiants/enseignants/chercheu
rs des pays du Sud de se former (initialement ou post universitairement) en acquérant des diplômes des universités des pays du Nord, sans avoir à engager l'ensemble des frais (voyage, séjour) et résoudre les problèmes (de visa, d'éloignement familial, par exemple) que nécessiteraient une formation classique dans un tel pays.

C'est dans ce contexte, pour favoriser l'émergence universitaire des pays du Sud, que l'AUF a mis en place un programme de support à la FOAD en :

  1. 1) validant des FOAD via son Conseil scientifique (qui examine les demandes faites par les universités diplômantes)
  2. 2) offrant des allocations d'étude aux étudiants les plus méritants des pays du Sud désirant suivre l'une de ces FOAD
  3. 3) réservant un tarif préférentiel (réduit) pour les étudiants du Sud ne pouvant pas disposer d'une allocation d'étude AUF.

Les CAI et CNF font partie de ce dispositif de formation à distance en offrant une structure physique où:

  1. a) Les personnes intéressées au programme de FOAD peuvent venir obtenir des renseignements et s'y inscrire.
  2. b) Les étudiants inscrits en FOAD (supportée par l'AUF) peuvent venir travailler sur des ordinateurs préparés à leur intention et recevoir un appui technique en cas de besoin.
  3. c) Les étudiants inscrits viendront passer leurs examens (sur table ou via internet) sous surveillance.

 

Est-ce qu'on assiste au Vietnam à une augmentation de la demande du public pour la formation à distance ? Je vois que des grands quotidiens commencent à s'y intéresser…
La FOAD ne date pas de maintenant. Auparavant les moyens utilisés étaient et restent des polycopiés envoyés par poste, des cassettes vidéo, etc.

Internet permet tout simplement de nouveaux moyens de transmission des savoirs et d'interaction apprenant-enseignant qui sont toujours en plein développement.

La demande au VN est forte pour l'obtention de diplômes qui déterminent, comme ailleurs, la position sociale au sein d'un établissement de travail. En raison du nombre très restreint de places offertes chaque année à l'université, les personnes ne pouvant entrer à l'université sur un cursus officiel (cursus A ou chinh quy) peuvent néanmoins suivre des cours et obtenir un diplôme en principe équivalent (cursus B), mais qui est en fait de 'seconde catégorie'. Les diplômes délivrés en FOAD au Vietnam font partie de cette dernière catégorie et visent le segment du public qui ne peut suivre une formation de type classique selon le cursus B, par exemple.

En particulier, pour le processus de formation continue, il existe la chaîne de TV VTV2 qui diffuse des programmes éducatifs (pour lycéens, pour étudiants, pour les langues, etc.).

La démographie croissante, les besoins de formation (et de diplômation), la marchandisation (non avouée) de l'éducation, découle donc tout naturellement sur une engouement de la FOAD, en particulier via les techniques internet qui ont l'avantage d'être "neuves" et "à la mode". Donc des besoins de formation existent et auxquels répond une offre de formation qui se diversifie donc davantage. La presse y fait souvent écho, pas seulement par souci d'information large, mais aussi parce que, parfois, de nombreux articles sont en fait de la publicité déguisée.

   

Je trouve qu'on parle assez peu de la composante culturelle, comme s'il existait implicitement un modèle universel pour l'usage des TIC en éducation… N'y-a-t-il pas tout de même des particulières vietnamiennes à prendre en compte ?
Bien entendu. Et je dirai donc que la particularité du système éducatif vietnamien n'est pas particulièrement favorable à la FOAD. Au contraire, il est fortement basé sur la relation maître-élève qui est une relation présentielle et sur une relative absence de sens critique. Ceci est une difficulté pour l'élaboration d'un système de FOAD efficace.

Par ailleurs, le sens de la discipline est également un corollaire de la relation maître-élève, ce qui peut être un élément facilitateur de la FOAD.

 

   
Merci Quynh.

 

* Pour en savoir plus sur les infrastructures techniques que sont les CNF et CAI:
http://www.auf.org/article116.html

 

 

 

par stéphane Wattier publié dans : Entretiens
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Mercredi 25 avril 2007
J'inaugure aujourd'hui une rubrique "Entretiens" où j'ai l'intention d'inviter des experts à partager leurs expériences. Et c'est un vrai bonheur de pouvoir commencer par ce projet que je trouve remarquable. Au programme, utilisation des TIC à la maternelle et au primaire, formation d'enseignants de français, échanges interculturels et réduction de la fracture numérique... Bonne lecture !

Phu Binh est un quartier situé au bord de la Rivière des Parfums à Huê (fr), au Centre du Vietnam. De nombreuses familles défavorisées y vivent sur des sampans. C'est dans ce quartier que, depuis 1989, l'association Codev Viet Phap  poursuit ses actions de coopération dans le domaine éducatif. Un nouveau projet,  engagé en janvier 2007, allie enseignement du français et intégration des TIC.

Entretien avec Bertille Pissavy-Yvernault, co-responsable du projet au Vietnam.




Quelles sont les actions de Codev Viet Phap (CVP)  dans le domaine des TICE à Huê ?
CVP intervient de manière progressive depuis plus d’un an dans le domaine des TIC à Hué.

Elle a contribué dès 2006 à l’aménagement d’une salle informatique à l’école primaire de Phu Binh afin d’accueillir au plus vite les 6 premiers ordinateurs destinés aux élèves.

La salle est ouverte depuis la rentrée scolaire 2006-2007. Elle est utilisée chaque jour pour les cours d’informatique à destination des élèves et par les enseignants pour préparer leurs cours.

D’autres ordinateurs et outils tels qu’un appareil photo numérique, un projecteur, etc. ont été mis à disposition de l’équipe pédagogique en cours d’année. Ils commencent tout juste à être utilisés en classe.

Pour faciliter l’appropriation de ces nouveaux outils par les enseignants, des formations ont été mises en place. Une en informatique - elle vise à permettre aux participants d’acquérir des connaissances et des compétences dans le domaine des nouvelles technologies - et une autre, à destination des enseignants de français, qui a pour vocation d’ouvrir de nouvelles perspectives pour favoriser l’utilisation des TIC en classe de langue.

L’idée est d’offrir aux enseignants les moyens d’enseigner autrement, de leur montrer quelles sont les possibilités offertes par les TIC.

Les enseignants et les élèves des écoles françaises partenaires du projet sont aussi des correspondants. C’est la raison pour laquelle CVP a choisi d’accompagner plus particulièrement les enseignants de français de Phu Binh, afin qu’ils puissent échanger au plus vite avec leurs homologues français sur leurs expériences pédagogiques.

Les logiciels Agorevo, Lopart et Kit instit ont été envoyés par les enseignants français qui les utilisent, eux aussi, pour la première fois cette année.

A terme, les enseignants de français de Phu Binh pourraient être amenés à témoigner de leur expérience en participant à la formation de leurs collègues de primaire et maternelle.

Une expérience réussie encouragerait CVP à équiper l’école maternelle de Phu Binh.


Certains diront sans doute que les TIC ne sont pas vraiment une priorité pour des enfants défavorisés. Qu'est-ce que tu répondrais pour les persuader du contraire ?
CVP intervient depuis 1989 dans les écoles du quartier de Phu Binh.

Si l’amélioration de l’enseignement a toujours été une priorité, il n’a pas été question dès l’origine de fournir du matériel informatique aux élèves.

Une école maternelle et un dispensaire ont été construits, une bibliothèque aménagée, une cantine ouverte, des cours de français mis en place, etc.

Le nouveau projet « TICE » de CVP intervient aujourd’hui parce qu’il s’intègre dans les politiques menées actuellement au Viêt-nam ; il a été élaboré en étroite concertation avec le Comité Populaire du quartier de Phu Binh qui a relayé les attentes des équipes enseignantes.

Il ne fait pas de doute pour CVP que l’éducation a beaucoup à gagner de l’emploi des TIC. Elles peuvent enrichir la qualité de l’apprentissage et l’enseignement.

Il est aussi de plus en plus évident que ces technologies révolutionnent les modes d’échange, les techniques d’apprentissage et les méthodes de travail. Dans ce contexte, permettre à des enfants défavorisés d’y accéder, correspond à leur ouvrir des portes qui autrement risqueraient de leur être fermées. Les enfants doivent apprendre à travailler avec les TIC pour préparer leur futur.

En outre, l’outil informatique est un atout pour la correspondance scolaire et l’ouverture vers le monde…


Quels sont les principaux objectifs pédagogiques ?
Les principaux objectifs pédagogiques sont dans un premier temps l’acquisition par les enseignants de compétences en matière d’utilisation des TIC.

Le programme d’informatique a été élaboré avec un formateur vietnamien qui travaille avec les enseignants depuis le début du mois de mars. Concrètement, il s’agit de se familiariser avec un ordinateur, de savoir utiliser un logiciel de traitement de texte, un logiciel de présentation assistée, un tableur, un programme de retouche photo, de naviguer sur Internet, d’utiliser le courrier électronique…

Avec les enseignants de français, un travail complémentaire a été entrepris depuis le mois de janvier. Il s’agit de les aider à intégrer l’utilisation des TIC dans leurs leçons sans jamais perdre de vue que l’ordinateur est un outil qu’on peut utiliser pour faciliter l’apprentissage du français et qu’il ne s’agit pas de faire de l’informatique.

Au programme : des discussions sur ce qui est fait en France et à l’étranger dans ce domaine, beaucoup de recherches de ressources sur le web, des exemples concrets et l’analyse de l'intérêt pédagogique et des possibilités de travail que peuvent offrir les TIC.


La correspondance scolaire est un volet important du projet. Quel est le rôle du blog ?
L’existence d’une correspondance scolaire de longue date avec des écoles de France est la raison pour laquelle les enseignants de français de Phu Binh sont les premiers à bénéficier d’un accompagnement pour l’intégration des TIC en classe.

Leurs homologues en France commencent eux aussi à utiliser les TIC ; CVP se réjouit à l’idée que les enseignants vont pouvoir confronter leurs expériences dans ce domaine et s’enrichir mutuellement.

Le blog a pour objectif de permettre à tous les enseignants partenaires du projet de s’exprimer sur les TIC. Comme, à l’heure actuelle, leur utilisation n’en est qu’à ses débuts, il est un moyen pour tout le monde de faire connaissance et d’échanger quelques nouvelles.

Les enseignants sont le moteur de la correspondance scolaire, en renforçant leurs liens et leur collaboration, nous espérons pérenniser les échanges et faire naître de véritables projets de classe franco-vietnamiens.

 

Qu'est-ce qui a motivé le choix des logiciels AGOREVO et LOPART ?
Les élèves de Cannes Ecluse ont expérimenté les logiciels les premiers au sein de la classe numérique de la Cité des Sciences en 2006 (voir http://www.clasnum.agorevo.net/Galeries/galeries.html, une activité sur la diversité culturelle prélude au projet de correspondance scolaire)

Trois mots clés caractérisent ces softs : accessibilité, simplicité et créativité.

Agorevo, bien plus qu'un blog, permet à l'élève de créer une véritable mise en page pour mettre en valeur texte et graphique avec une recherche personnelle. C'est donc un outil idéal pour l'échange entre les élèves en France et au Vietnam car les enfants auront une galerie commune pour publier et partager leurs mini-sites web.

LopArt Duo* permet un moment privilégié de "contact" entre élèves avec les séances de dessin partagé sur la même toile. Lors du premier échange entre les deux écoles en novembre, à l’occasion du Salon EducaTICE à Paris, la séance de dessin en réseau a été un moment fort, plein d'émotion, où le langage par le trait a ouvert une communication qui dépasse la barrière linguistique. Cela a permis aux Vietnamiens, peu à l'aise avec le français de prendre confiance en contribuant "à égalité" a une création commune.

L'échange de dessins, en temps réel ou via les galeries et les pages web, est un fondement du projet pédagogique qui allie écriture et création graphique.

Il est vrai que la coordination d'une telle activité, novatrice, demande un effort soutenu et que les objectifs pédagogiques des enseignants de part et d'autres sont souvent divergents. Cependant, le processus lui même est enrichissant pour l'élève comme pour l'enseignant....


C'est sans doute trop tôt pour faire un bilan. Mais peux-tu nous parler des difficultés rencontrées, des premiers résultats obtenus ? 

En ce qui concerne la correspondance scolaire, les échanges sont facilités par le courrier électronique : textes, photos, dessins circulent facilement entre les écoles et permettent de se découvrir aisément. De même, le blog a séduit les enseignants.

Le dessin « en duo » a été expérimenté à plusieurs reprises avec les élèves de France et désormais, deux fois par mois, les enseignants de français s’appuient sur les TIC pour leurs cours.

Dans les autres disciplines, j’ai constaté l’usage ponctuel du projecteur relié à l’ordinateur. C’est un début.

Les enseignants doivent prendre leur temps pour que l’intégration des TIC soit un jour vraiment profitable aux élèves.

Pour ce faire, leurs connaissances informatiques doivent encore être renforcées et la pratique encouragée afin de venir à bout de leurs appréhensions face à ces nouveaux outils.

Cette remarque concerne aussi bien les enseignants du Vietnam que ceux de France !

Intégrer les TIC dans son enseignement exige un très grand investissement : beaucoup de curiosité, de motivation, d’obstination, de temps, de travail …

Quand on débute, les TIC n’apparaissent pas toujours comme un moyen de faciliter l’apprentissage. Malgré l’intérêt qu’elles suscitent chez les élèves, elles peuvent sembler si complexes à utiliser !

Il faut noter aussi que l’utilisation de l’ordinateur suppose des choix pédagogiques qui ne correspondent pas forcément à ce qui a été présenté aux enseignants vietnamiens au cours de leurs études.

Je regrette également le manque de ressources en vietnamien sur Internet à destination des enseignants dans ce domaine.

Enfin, du côté des élèves, si l’ordinateur est accueilli avec enthousiasme, c’est surtout parce qu’il est synonyme de jeu. Il n’est pas facile d’obtenir le même sérieux en salle informatique qu’en salle de classe.


Merci Bertille.  Voilà  un projet qui ne peut pas laisser indifférent. A suivre de très près...

Vous ne trouvez pas ?

 


par stéphane Wattier publié dans : Entretiens
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Stéphane Wattier
Hanoi, Vietnam


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